La Vedova Scaltra

Wolf-Ferrari

Henriette Bonde-Hansen (Rosaura)
Franco Pomponi (Milord Runubif)
Giorgio Trocco (Monsieur Le Bleau)
Giovanni Furlanetto (Don Alvaro di Castiglia)
Andrea Giovanninni (Il Conte di Bosco Nero)
Laure Baert (Marionnette)
Evgueniy Alexiev (Arlecchino)
Gilles Hubert (Birif)
Antoine Normand (Folletto)

Enrique Mazzola (dm)
René Koering (ms)
Jean-Louis Poveda (d)
Silver Sentimenti (c)
Patrick Méeus (l)

Opéra Comédie, 16 Novembre 2008

C'est avec plaisir que l'on revoit cette production

Après un détour par Nice (voir O. M. n° 19 p. 55 de juin 2007), cette production de La vedova scaltra revient à Montpellier, où elle avait été présentée une première fois en 2004 et enregistrée sur-le-champ (Accord). C'est avec le même plaisir qu'on la revoit aujourd'hui, tant elle respire l'intelligence et la fantaisie.

La mise en scène de René Koering replace l’intrigue dans un cadre plus proche de nous que le XVIIIè siècle de Goldoni, et queqlues «mises à jour» ont même été effectuées à l’intention du public de 2008. Silvio Berlusconi, Nicolas Sarkozy et Carla Bruni s’ajoutent ainsi aux citations ponctuelles de Superdupont, de Corto Maltese ou du Tadzio viscontien (dans Mort à Venise). Les religieuses à cornettes sont toujours là, ainsi que les craquantes pin-up échappées de Playboy. Rien de gênant, car ces clins d’œil plus ou moins appuyés trouvent leur place au sein d’une réalisation habile, qui sait éviter les pièges de la vulgarité. Des décors simples, des costumes bien typés ajoutent encore au plaisir que l’on prend à suivre ces trois actes.

Ce dynamisme allègre caractérise également la direction musicale d’Enrique Mazzola (déjà présent au pupitre en 2004). Avec autant de verve que d’élégance, il accompagne une équipe très soudée de chanteurs qui, pour la plupart, reprennent ici des rôles qu’ils avaient déjà tenus auparavant. Evgueniy Alexiev endosse à nouveau les multiples costumes d’Arlecchino, qui semblent tous taillés à ses justes mesures. Franco Pomponi conserve le flegme et l’élégance d’un milord. Giovanni Furlanetto adopte sans faiblir les allures d’un grand d’Espagne. Avec une justesse vocale plus approximative, Giorgio Trucco n’en campe pas moins un Le Bleau fort pittoresque, tandis qu’Andrea Giovannini offre au soupirant italien un chant correct, à défaut d’être véritablement ravageur.

Henriette Bonde-Hansen abandonne le rôle de Marionette, qu’elle avait défendu brillamment lors des représentations précédentes de l’ouvrage, pour celui de Rosaura, la «veuve rusée». Elle y réussit fort bien, en jouant au mieux d’une expérience musicale forgée au service des héroïnes de Mozart. On admire tout autant la classe de l’interprète que le brio qu’elle apporte, au cours du dernier acte, à camper une Anglaise, une Française, une Espagnole et une Italienne, toutes plus vraies que nature. Laure Baert, qui lui succède sous les habits coquins de Marionette, retrouve l’alacrité des meilleures soubrettes de l’histoire de l’opéra bouffe, dont elle traduit parfaitement le charmant héritage.

Pierre Cadars
(Opéra Magazine / Janvier 2009)

RemonterHaut de page